Article France Culture par Christian Chesnot

Les émirs des monarchies pétrolières se réunissent en Arabie saoudite à l’occasion du 41e sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Dans cette famille déchirée par les conflits internes et inquiète par les menaces iraniennes, le sultanat d’Oman fait figure de médiateur discret et efficace

C’est un sommet des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) très attendu qui se tient ce mardi à Al-Ula en Arabie saoudite, pendant lequel pourrait être scellée une réconciliation entre Ryad – ainsi que plusieurs autres pays – et le Qatar. Avec, dès lundi, l’annonce par le ministre koweïtien des Affaires étrangères de la réouverture par l’Arabie saoudite de son espace aérien et de ses frontières terrestres et maritimes au Qatar, après plus de trois ans de rupture des liens diplomatiques entre les deux pays du Golfe. Le royaume saoudien, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte ont rompu en juin 2017 leurs relations diplomatiques avec le Qatar, l’accusant de soutien aux islamistes, de connivence avec l’Iran ou encore de semer le trouble dans la région. Le riche et ambitieux émirat gazier a toujours démenti et dénoncé le « blocus » dont il se dit victime.

Gardien du détroit d’Ormuz avec l’Iran, le sultanat d’Oman joue le rôle de médiateur discret dans la région. Cette posture n’a pas varié depuis la disparition de SM Sultan Qaboos ben Saïd en janvier 2020 qui a régné pendant près d’un demi-siècle à Mascate, et l’arrivée sur le trône de son cousin, Haitham ben Tarek.

« Le postulat de notre politique étrangère n’a pas changé avec le nouveau sultan, assure un diplomate omanais. Il continue de reposer sur la non-ingérence dans les affaires des autres. »

Bons offices entre Téhéran et Washington

Alors que la tension monte dans le golfe persique entre les États-Unis et l’Iran, le sultanat aux près de 5 millions d’habitants situé dans au sud-est de la péninsule Arabique se dit prêt à jouer les bons offices. Washington maintient une énorme présence militaire tandis que Téhéran vient d’enclencher le processus visant à parvenir à un enrichissement à 20% de son uranium.

« Les deux parties nous font confiance, poursuit notre diplomate omanais. Si on nous le demande, nous pouvons encore une fois faire passer des messages entre Américains et Iraniens. »

Avant la signature de l’accord de Vienne du 14 juillet 2015 sur le nucléaire iranien, c’est à Oman que les premières discussions préliminaires secrètes avaient eu lieu entre les émissaires de Washington et de Téhéran.

« Entre Iraniens et Omanais, on se connaît depuis longtemps, ajoute le diplomate omanais. Il ne faut pas oublier que le port iranien de Bandar Abbas fut au cours de l’Histoire sous domination d’Oman. » Et d’ajouter : « Les Iraniens sont un peuple qui adore négocier… »

Une diplomatie avant-gardiste et originale

Dans le golfe persique, Oman déploie une diplomatie originale, avant-gardiste et souvent à contre-courant des autres monarchies pétrolières. 

Il fut ainsi l’un des premiers États de la région à nouer des relations avec Israël sans pour autant signer un traité de paix. Oman a participé en 1991 à la conférence de paix de Madrid, notamment dans le volet multilatéral. Dans l’héritage de cette événement historique, subsiste le Centre de rechercher sur le dessalement au Moyen-Orient (MEDRC), qui impliquent encore des spécialistes israéliens.

Benjamin Netanyahu fut le dernier responsable politique israélien à rencontrer le sultan Qabous en 2018. Avant lui, Shimon Pérès était venu à Mascate dans les années 90. Bref, les responsables omanais n’ont aucune réticence à s’afficher avec des responsables israéliens.

Mais si Oman a tenu à féliciter les Émirats arabes unis et Bahreïn pour la signature du traité d’Abraham avec l’État hébreu, pas question pour autant de normaliser. « Avec les Israéliens, nous avons arrêté la relation, précise le diplomate omanais. Nous sommes toujours partisans d’une solution à deux États. Le problème avec les Israéliens, c’est qu’ils font un pas en avant… puis trois pas en arrière ! »

Maintenir les fils du dialogue à tout prix… même avec Bachar Al-Assad

Dans sa diplomatie à 360°, Oman n’a jamais rompu avec la Syrie de Bachar Al-Assad, contrairement à la plupart des autres pays arabes. Le sultanat a maintenu son ambassade à Damas pour ne pas se couper d’un canal de communication toujours utile. De son côté, le régime syrien a mis à l’abri à Oman une partie de ses trésors archéologiques qui était menacés de destruction et de pillages par les djhadistes du groupe État islamique.

Dans la tragédie du Yémen, la diplomatie omanaise s’active en coulisse à trouver une issue politique. Contrairement à ses voisins d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et du Qatar, Oman a refusé de participer à la campagne militaire contre les rebelles Houthis, fidèle à sa position de neutralité.

« L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ne resteront pas éternellement au Yémen, » analyse philosophe le diplomate omanais, signifiant ainsi qu’il leur faudra bien trouver tôt ou tard une porte de sortie de ce bourbier.

Un rôle utile dans les libérations d’otages au Yémen

Le sultanat est aussi intervenu pour la libération de trois otages humanitaires français fin 2011. En 2015, c’est encore grâce à l’action discrète d’Oman que la Française Isabelle Prime, employée de la société Ayala Consulting, spécialisée dans la conception de programmes de protection sociale, avait recouvré la liberté.

Pour Oman, l’important est de maintenir le dialogue, quelques soient les circonstances et les interlocuteurs, et surtout de ne jamais couper les ponts pour maintenir le fil de la diplomatie, même s’il est souvent ténu. 

Dans la crise qui oppose depuis juin 2017 le Qatar et ses voisins d’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et Bahreïn, Oman a encore une fois joué sa propre partition diplomatique.

Mascate a refusé de s’aligner sur la ligne dure de Riyad, Abou Dhabi et Manama. Le sultanat a maintenu ses relations diplomatiques, économiques et commerciales avec Doha, suscitant l’agacement des partisans du blocus. Avec le Koweït, Oman joue les médiateurs pour rapprocher les points de vue.

Mais toujours à sa manière : sans publicité, loin des déclarations tapageuses et des caméras. Bref, une diplomatie tranquille et patiente, mais surtout efficace.

Article source : https://www.franceculture.fr/amp/geopolitique/oman-mediateur-discret-du-golfe?__twitter_impression=true&fbclid=IwAR2ykbiTKZ08S44NzZsmrCPUy_BsQioqJzhxisnKLljmcMZurvJjmauJ4_U

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